Des sauveteurs en mer dans une rue inondée lors d'une opération visant à évacuer des habitants isolés à Courcoury, en Charente-Maritime, le 21 février 2026 ( AFP / ROMAIN PERROCHEAU )
Malgré une accalmie sur le front des pluies, les crues exceptionnelles se poursuivent samedi dans l'Ouest et vont encore durer plusieurs jours, se propageant peu à peu sur l'aval des cours d'eau placés en alerte maximale.
La Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire et la Charente-Maritime restent en vigilance rouge crues, le plus haut niveau. Neuf autres départements dans l'Ouest sont en vigilance orange.
A Angers, ville de 160.000 habitants, le niveau de la Maine devrait monter à 6,39 mètres samedi soir avant de lentement baisser, selon la mairie, qui parle de "stabilisation" plutôt que de décrue.
Au moins 5.000 personnes sont touchées par cette crue, la plus importante à Angers depuis celle de 1995. Des rues supplémentaires ont été fermées à la circulation samedi matin et les services de la ville ont multiplié parpaings et planches pour permettre aux riverains de passer les pieds au sec. La circulation des tramways est aussi très perturbée.
Les voies sur berge, où circulent en temps normal des dizaines de milliers de véhicules chaque jour, sont totalement immergées, tandis que des coupures d'électricité ont été effectuées dans certaines rues complètement inondées. C'est un "spectacle à peine croyable", a constaté un badaud.
De nombreux restaurants sont fermés, en raison de caves inondées, ou isolés par l'eau envahissant certains quartiers. Pour des hôtels du centre-ville, "c'est un coup dur", avec l'annulation de plusieurs événements ce week-end à Angers et par ricochet, de réservations.
La rencontre de Ligue 1 prévue entre Angers et Lille, dimanche, se déroulera à huis clos.
- "Malheur des autres" -
Au sud de la ville, la Loire déborde sur des dizaines de kilomètres et des maisons ont les pieds dans l'eau.
Les maires de quatre communes au sud d'Angers - La Possonnière, Saint-Georges-sur-Loire, Saint-Germain-des-Prés et Champtocé-sur-Loire - protégées par une digue, ont pris samedi des arrêtés d'évacuations préventives, a indiqué la préfecture du Maine-et-Loire.
En Loire-Atlantique, des routes sont fermées, la circulation des TER est perturbée entre Angers et Nantes, et la navigation interdite sur plusieurs tronçons de cours d'eau.
A Courcoury (Charente-Maritime), la gendarmerie a déployé samedi matin trois camions 4x4 militaires pour aider les habitants à circuler, a constaté un photographe de l'AFP. Ces véhicules doivent "permettre aux gens d'aller travailler, aux enfants d'aller à l'école, aux personnes d'aller se faire soigner, d'aller se ravitailler aussi", a expliqué sur place le préfet du département, Brice Blondel.
Les coefficients de marée importants ralentissent l'écoulement vers la mer et "le phénomène est très long à décroître", a expliqué le préfet.
Après la phase de "gestion de crise" viendra, "à partir de la fin de la semaine prochaine", une deuxième phase, a-t-il poursuivi. "Le temps de la décrue, c'est aussi le temps de la déprime. Il va y avoir tout l'aspect assuranciel. Et là, les gens vont avoir besoin d'être vraiment accompagnés", a souligné le préfet.
A Saintes, à cinq kilomètres de là, de nombreux curieux profitaient samedi du retour du soleil pour s'aventurer sur les 10 kilomètres de madriers installés depuis mardi dans les rues inondées pour constater la montée de la Charente, dont la décrue n'est attendue qu'en milieu de semaine, selon les autorités.
"C'est honteux tous ces gens qui viennent flâner et regarder le malheur des autres en spectacle", pestait, amère, une habitante sexagénaire auprès d'un photographe de l'AFP.
Au centre de Langon (Gironde), en bord de Garonne, le fleuve, en décrue, s'étalait encore samedi midi sur environ 200 mètres de large, sans toucher les habitations avoisinantes.
Devant une petite maison de pierre, une dame en bottes déplaçait ses affaires encore humides dans une brouette. "L'eau est montée jusqu'à 1,50 mètre dans la cave et jusqu'en haut de la rue, c'est dur moralement et il faut reprendre le travail lundi."
Un panneau "à vendre" est installé sur la façade au premier étage. "Quand on a acheté, la Garonne n'avait plus débordé depuis 40 ans. Là, ça va être compliqué", consent-elle, à mots couverts et les yeux humides.

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